Ivan Drobotov, 26 ans, prisonnier politique originaire de Moscou réfugié à Tbilissi (Géorgie), le 8 décembre 2022. Il organise l’envoi vers la Russie de lettres en soutien à des opposants politiques emprisonnés. Ivan Drobotov, 26 ans, prisonnier politique originaire de Moscou réfugié à Tbilissi (Géorgie), le 8 décembre 2022. Il organise l’envoi vers la Russie de lettres en soutien à des opposants politiques emprisonnés.

Une trentaine de lettres et de cartes postales s’amoncellent sur la petite table en bois. Elles partiront bientôt pour la Russie. Ivan Dobrotov, 26 ans, en pioche une au hasard. Celle-là s’adresse à l’opposant politique russe Vladimir Kara-Mourza, arrêté à Moscou en avril après avoir critiqué l’offensive en Ukraine. « Cher Vladimir, vous êtes mon héros. Je suis jaloux de votre courage. Vous avez fait beaucoup pour éviter tout ce qui se passe aujourd’hui. Vous avez épuisé toutes les possibilités. Nous ne nous connaissons pas, mais j’espère qu’un jour nous nous verrons dans une Russie libre. Je vais très bien, je suis en Géorgie, entouré de gens merveilleux. J’espère qu’en Russie, bientôt, ce sera comme ça. » La carte est signée « Ilya, 23/11/22 ». En la retournant, on découvre un paysage de collines peint à l’aquarelle, et cette citation, en russe, attribuée à « Voltaire François-Marie Arouet » : « La liberté n’est pas une chose qu’on vous a donnée. C’est une chose qu’on ne peut ôter. »

Depuis qu’il a fui Moscou pour trouver refuge, en juin, à Tbilissi, la capitale de la Géorgie, Ivan Dobrotov organise chaque mois un atelier pour écrire aux prisonniers politiques en Russie. La dernière fois, l’événement a réuni une trentaine d’autres exilés russes arrivés récemment dans ce petit pays du Caucase. « C’est important de dire à ceux qui sont derrière les barreaux qu’on est reconnaissant envers eux et qu’on ne les oublie pas. C’est aussi une façon de les distraire car la vie en prison est assez monotone », explique ce jeune Russe qui travaillait à Moscou pour la Fondation anticorruption, une organisation fondée par l’opposant Alexeï Navalny et classée « extrémiste » par le Kremlin.

L’idée lui est venue lorsqu’il a lui-même été arrêté en Russie, le 6 mai, après avoir retweeté un message annonçant une manifestation antiguerre. Ce simple geste lui a valu vingt jours de détention administrative. Ivan Dobrotov avait interdiction de recevoir du courrier. Un matin, pourtant, il a eu la surprise de tomber sur un petit bout de papier glissé dans un magazine de voyage. « Vania [le diminutif d’Ivan], on est avec toi. » Le message, assorti d’un cœur, a illuminé sa journée. Une fois en sécurité en Géorgie, il a voulu offrir le même réconfort aux dernières voix contestataires en Russie, emprisonnées. « Cette pratique existe dans d’autres pays et, depuis 2011, en Russie », explique-t-il. Mais en Géorgie, où 20 % du territoire est occupé par Moscou depuis la guerre de 2008, le phénomène, nouveau, date de l’arrivée massive des Russes opposés à la guerre en Ukraine ou fuyant la mobilisation.

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lien source : En Géorgie, des exilés russes écrivent aux prisonniers politiques en Russie : « Je regrette de ne pas vous avoir cru »