Le rappeur Jul, en mai 2021. Le rappeur Jul, en mai 2021.

« Vous verrez, Jul est le même garçon que vous avez rencontré au début de sa carrière », promet Carine Nahon, l’avocate qui organise et verrouille toutes les interviews de la star de la pop urbaine. Le Marseillais de 32 ans est devenu, en sept ans, le poids lourd de l’industrie du disque tous genres confondus avec un style bien à lui : un rap passé au filtre de l’Auto-Tune sur un rythme dance, à peine nuancé d’une couleur reggaeton ou baile funk – la musique des favelas de Rio, au Brésil. Avec plus de 6,6 millions d’albums vendus depuis ses premiers morceaux dans sa chambre d’ado en 2013, il est l’artiste le plus écouté sur les plates-formes de streaming. Et cela sans l’appui d’une major, mais sur son propre label, D’or et de platine.

Vendredi 9 décembre sortait son vingt-sixième album, Cœur blanc. Ce stakhanoviste du rap publie, en effet, au minimum deux albums par an – quand ce n’est pas trois ou quatre –, et détient sa propre ligne de vêtements (du jogging aux claquettes). Samedi 4 juin, il remplissait le Stade-Vélodrome pour un spectacle de près de trois heures dans une ambiance survoltée et bon enfant. Difficile de croire qu’il n’ait pas changé et soit resté le gamin blond et timide rencontré dans les locaux de la radio parisienne Skyrock en décembre 2015. Pour les Marseillais, Jul est l’enfant du pays, devenu le haut-parleur des minots des quartiers, le prolo qui leur ressemble, pas un rappeur qui joue à l’Américain. Pour les Parisiens branchés, il est l’extraterrestre rigolo venu de la planète Mars. Et pour tous ceux qui ont plus de 50 ans, sûrs de leur bon goût, une énigme.

Jul a commencé en 2013 sur un label des quartiers nord. Puis s’est fâché avec ses producteurs et a décidé de confier ses affaires, en septembre 2015, à deux avocats pénalistes, Damien Benedetti et Carine Nahon, avec qui il faut négocier, parlementer, rassurer, être éconduit à maintes reprises avant finalement d’obtenir des conditions d’entretien convenables. Rare dans les médias, le champion des ventes de CD toutes catégories « accepte » tous les ans de répondre à un journaliste de la presse écrite et de donner un entretien à une chaîne de télévision. « Il est tellement gentil qu’il est très protégé. Ses avocats jaugent toujours les interlocuteurs qu’il va rencontrer », justifie Leïla Sy, de Duosceno, une de ses deux scénographes du concert du Stade-Vélodrome.

Les seuls qui n’ont pas d’examen à passer appartiennent à son entourage proche, tels Nicolas Romano et Kakou, les ingénieurs du son qui travaillent avec lui depuis 2005, son cousin Romain « Babyboys », qui gère son groupe WhatsApp de beatmakers (« compositeurs »), son frère Mathieu « Tchyco », chargé du merchandising, ou son « backeur », Moubarak. A les entendre, Jul est resté simple et humble. « C’est quelqu’un de très agréable avec qui travailler, consciencieux et respectueux. Il ne fait jamais de caprice d’artiste », résume Nicolas Romano. « Il est d’une normalité extrêmement touchante », renchérit Leïla Sy, qui, avec son associée Pénélope Richard, a réussi à rendre digeste le défilé de deux-roues au concert du Stade-Vélodrome.

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lien source : Jul, ou l’art marseillais du rap et des affaires