LETTRE DE LONDRES

Michelle Mone (au centre) à la Chambre des lords, à Londres, le 21 juin 2017. Michelle Mone (au centre) à la Chambre des lords, à Londres, le 21 juin 2017.

Ce n’est pas un conte de Nöel, mais une affaire à plusieurs dizaines de millions de livres sterling qui défraie la chronique dans les médias britanniques en cette période de fêtes. Une histoire emblématique des négligences de l’exécutif durant la pandémie, qui vient hanter le gouvernement de Rishi Sunak presque trois ans après les faits.

Au cœur de ce scandale, Michelle Mone, 51 ans, une membre de la Chambre des lords au profil atypique, une femme d’affaires aux origines très modestes, avec du franc-parler. Selon le Guardian, qui mène l’enquête depuis plusieurs mois, cette membre du Parti conservateur est soupçonnée d’avoir empoché 29 millions de livres sterling d’argent public, grâce à un contrat accordé par l’Etat britannique au début de la pandémie pour la livraison de masques et de blouses de protection s’étant avérés inutilisables. Mme Mone et son deuxième mari, Douglas Barrowman, démentent tout lien avec la société ayant bénéficié des contrats publics, PPE Med Pro.

Fin mars 2020, les personnels du NHS (l’hôpital public) manquent cruellement de masques et de blouses de protection (ou « PPE », pour personal protective equipments). Les médecins et les infirmiers sont rationnés à un masque par jour et certains personnels vont jusqu’à utiliser des sacs-poubelles en guise de blouses. Dans l’urgence, le gouvernement conservateur de Boris Johnson allège considérablement les conditions d’attribution des appels d’offres et, pour recruter plus vite des fournisseurs, le ministère de la santé instaure une « VIP line », une liste prioritaire de sociétés recommandées par des ministres, des députés ou des membres de la Chambre des lords.

Jet privé, yacht, biens immobiliers…

Le 8 mai 2020, Michelle Mone utilise son courriel personnel pour contacter le conservateur Theodore Agnew, un collègue de la Chambre des lords, et le ministre Michael Gove, membre du cabinet de Boris Johnson. Elle leur explique qu’elle peut leur fournir des PPE « grâce à [ses] équipes à Hongkong », raconte le Guardian. Michelle Mone obtient qu’une mystérieuse société, PPE Medpro, soit ajoutée à la liste VIP. Quelques semaines plus tard, cette société décroche deux gros contrats publics. L’un de 80,85 millions de livres pour la fourniture de 210 millions de masques, et l’autre de 122 millions de livres pour 25 millions de blouses stériles.

Ces dernières ne seront jamais utilisées, n’ayant pas passé les tests de sécurité du ministère de la santé. La société PPE MedPro réalise cependant un bénéfice impressionnant, en grande partie reversé à M. Barrowman, selon des documents consultés par le Guardian et le Financial Times auprès de la banque HSBC. Le mari de Mme Mone reçoit au moins 65 millions de livres de PPE Medpro en septembre 2020, par le biais du Warren Trust, dont il est le bénéficiaire. Selon les documents de HSBC, une partie des profits de PPE MedPro – 29 millions – sont versés à un trust offshore, dont les bénéficiaires sont Mme Mone et ses trois enfants.

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lien source : Le scandale Michelle Mone défraie la chronique au Royaume-Uni