Le vice-président de la Banque centrale européenne Luis de Guindos, en Slovénie, le 11 septembre 2021. Le vice-président de la Banque centrale européenne Luis de Guindos, en Slovénie, le 11 septembre 2021.

Luis de Guindos, vice-président de la Banque centrale européenne (BCE), ancien ministre espagnol de l’économie, reconnaît que la zone euro entre en récession mais insiste : l’inflation est telle que l’institution monétaire est obligée de continuer à augmenter les taux d’intérêt.

Comment décririez-vous la conjoncture économique de la zone euro aujourd’hui ? Sommes-nous en récession ?

Les indications pour le quatrième trimestre suggèrent que nous sommes peut-être en territoire négatif, mais de manière peu marquée, avec une contraction attendue du PIB de 0,2 %. Les indicateurs avancés que nous avons ne sont pas bons. Selon nos projections, la zone euro devrait ainsi entrer dans une récession légère au dernier trimestre de cette année ainsi qu’au premier trimestre de 2023, où le PIB devrait se contracter de 0,1 %.

Sur cette base, pourquoi la BCE durcit-elle sa politique monétaire ? Jeudi 15 décembre, vous avez augmenté le taux de la facilité de dépôt de 0,5 point, à 2 %, tandis que Christine Lagarde, dans sa conférence de presse, a annoncé plusieurs nouvelles hausses de taux en 2023. Ne risquez-vous pas d’accentuer la récession ?

Regardez nos projections d’inflation. Nous avons publié nos projections en septembre, puis de nouveau en décembre. Entre ces deux exercices, nos prévisions de croissance n’ont pas beaucoup changé : elles sont un peu meilleures que prévu pour 2022, avec une révision à la hausse, de 3,1 % à 3,4 %, un peu plus basses pour 2023, avec une révision à la baisse, de 0,9 % à 0,5 %, et identiques en 2024, à 1,9 %. Les changements substantiels concernent toutefois l’inflation, qui a été revue à la hausse de manière assez significative, passant de 5,5 % à 6,3 % pour 2023 et de 2,3 % à 3,4 % pour 2024.

Certes, mais l’inflation semble avoir atteint un pic. En zone euro, elle est passée de 10,6 % en octobre à 10,1 % en novembre. Avec les prix des matières premières qui reculent, cette tendance devrait continuer…

Nous pensons qu’au cours des deux ou trois prochains mois, l’inflation demeurera autour du niveau actuel, puis, au deuxième trimestre de l’année prochaine, elle enregistrera effectivement une baisse, pour s’établir autour de 7 % en milieu d’année. Mais cela reste clairement au-dessus de notre objectif de stabilité des prix, à savoir une inflation de 2 % à moyen terme. Nous n’avons pas d’autre choix que d’agir.

Mais vous agissez en étouffant le peu de croissance qui reste…

La politique monétaire fonctionne en freinant la demande, ce qui freine la croissance, il n’y a pas d’autre possibilité. Mais si nous ne faisions rien, la situation serait pire, car l’inflation est l’une des raisons de la récession actuelle. Elle réduit le revenu disponible des ménages et touche particulièrement les personnes les plus vulnérables. En réduisant l’inflation, nous contribuerons à la croissance.

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lien source : « Nous n’avons pas d’autre choix que d’augmenter les taux d’intérêt »